N°11Année 2018 : "La norme dans tous ses états : enjeux et défis pour le travail social"

Varia

La « science ouverte » comme outil d’Empowerment

Évaluation du projet SOHA

Sylvie-Marianne Rhugenda, Judicaël Alladatin

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Mots-clés : pouvoir d’agir, science ouverte, typologie, Afrique, Haïti

Key words : empowerment, open Science, typology, Africa, Haiti

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Introduction

Le projet SOHA en bref

L’empowerment
Un concept pluriel et difficilement consensuel
Cadre théorique de l’empowerment

L’enquête
Données de l’enquête
Population cible et représentativité de l’échantillon
Résultats

Discussion
Formes d’empowerment et profil sociopolitique
Effets contingents de l’acquisition de compétences techniques
Effets contingents de l’utilisation de Facebook
Les boutiques de sciences : un espoir de concrétisation

Conclusion

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Introduction

De janvier à avril 2017, nous avons mené une recherche évaluative portant sur les activités d’un projet œuvrant pour la promotion de la science ouverte en Haïti et en Afrique francophone (SOHA). C’est une recherche non financée dont l’objectif était d’identifier et de comprendre les formes d’empowerment générées chez les étudiant-e-s d’Haïti et d’Afrique francophone qui ont participé aux différentes activités du projet SOHA.

La première auteure a accepté ce mandat de recherche parce que les questions de développement et d’empowerment en contexte subsaharien sont des sujets qui suscitent son intérêt et sur lesquels elle se sent engagée. Elle n’était ni membre du projet SOHA, ni particulièrement initiée aux enjeux de la science ouverte. Toutefois, elle a bénéficié de l’encadrement du second auteur. Ce dernier a rejoint le projet SOHA au début de l’année 2016 parce qu’il considère que ce projet a apporté des réponses concrètes à plusieurs injustices et claustrations cognitives qu’il a eu l’occasion d’identifier en Afrique francophone.

Dans cet article, nous rendons compte de cette expérience de recherche sur l’empowerment induit par le projet SOHA. Notre propos débute par un aperçu sur le projet SOHA. Ensuite, nous procédons à une recension des écrits sur le concept d’empowerment et nous présentons notre cadre théorique de l’empowerment. S’ensuit une présentation des aspects méthodologiques et des résultats de l’enquête. Enfin, la discussion a permis de mettre nos résultats en perspective avec la littérature scientifique sur le sujet et d’amorcer une réflexion plus large sur les possibilités de consolidation de l’emporwerment induit à travers le « mouvement » SOHA.

Le projet SOHA en bref

SOHA est l’acronyme du projet intitulé « La science ouverte comme outil de développement du pouvoir d’agir et de la justice cognitive en Haïti et en Afrique francophone ». En fait, SOHA est un projet de développement du pouvoir d’agir (autrement dit d’empowerment) par la science ouverte, dans les pays francophones postcoloniaux.

Par science ouverte, il faut entendre une science plus inclusive qui reconnaît la valeur de tous les savoirs, aspire à les faire entrer en dialogue, et s’investit à les rendre accessibles à un public élargi (Piron et Dibounje, 2016). L’on comprend donc que SOHA s’inscrit dans une vision de science citoyenne. C’est un projet de recherche-action qui s’est étendu de janvier 2015 jusqu’en janvier 2017.

Dans le cadre de sa mission, ce projet avait quatre objectifs spécifiques :

  • comprendre quels sont les obstacles à la science ouverte dans les pays francophones postcoloniaux.
  • former à la science ouverte des chercheur‑e‑s et des étudiant‑e‑s de ces pays.
  • déployer des dépôts institutionnels pilotes et des boutiques de sciences1.
  • développer un réseau francophone international pour la promotion de la science ouverte comme outil d’empowerment et de développement durable.

Le projet SOHA est donc présent au Québec et en France, bien entendu en Haïti et dans plusieurs pays d’Afrique francophone. En Afrique, il compte des membres dans 16 pays de la région subsaharienne et dans trois pays du Maghreb. Cependant, en dépit d’une vaste couverture géographique, il ne dispose d’aucun local. En fait, la coordination de ses activités repose en grande partie sur le travail collaboratif à distance (grâce à internet et au numérique en général).

Les activités réalisées pour atteindre ces objectifs s’articulent autour de trois thématiques majeures : celle des « savoirs Nord/Sud », celle du « numérique » et celle des « réseaux et amitiés ». La thématique dite des « savoirs Nord/Sud » concerne la valorisation des savoirs scientifiques et profanes produits dans les pays du Sud dits en développement et à leur reconnaissance aussi bien dans les pays du Sud que dans les pays du Nord dits développés (Piron, 2016b). C’est une vision qui imprègne le discours porté lors des colloques et des journées scientifiques de recherche. C’est aussi le socle idéologique de la boutique de science de Port-au-Prince2. Quant à la thématique dite du « numérique », elle porte sur le développement de compétences techniques en littératie numérique. Concrètement, le projet SOHA a organisé des ateliers et des webinaires, et a mis en ligne des tutoriels sur les techniques de recherche documentaire dans le web scientifique (Piron, 2016a). Et la thématique dite des « réseaux et amitiés », concerne en fait la sociabilité entre les membres du projet SOHA et du développement d’amitiés intellectuelles (Piron et Dibounje, 2016). Dans une très large mesure, ce lien social a pris forme dans le cadre du groupe Facebook du projet SOHA. 

L’empowerment

Un concept pluriel et difficilement consensuel

Quand bien même le verbe to empower est apparu au XVIIe siècle et que le mot empowerment a été formé au XIXe siècle, ce n’est que dans les années 1970 où il a été largement utilisé et diffusé par les mouvements sociaux contestataires de l’époque : le féminisme, l’éducation populaire et les droits civiques des afro-américain-e-s (Bacqué et Biewener, 2013 ; Calvès, 2009). C’est ce qui explique que le concept se soit depuis imposé dans le domaine du service social et dans celui du développement communautaire (Calvès, 2009). Par ailleurs, le concept a aussi gagné le monde des affaires et de la politique, la psychologie populaire… Bref, c’est un concept très en vogue. Néanmoins, et malgré une large cooptation du concept, « [l’empowerment] est en fait rarement défini » (p. 743). Dans l’espace public, il demeure « un terme vague et faussement consensuel » (p. 743).

Dans l’espace scientifique, les auteur-e-s ne s’accordent pas sur la nature de l’empowerment : est-ce un état ou un processus ? Certain-e-s le définissent comme l’état d’effectivité de la capacité à agir (Bacqué et Biewener, 2013 ; Ninacs, 2008). Pour d’autres, il est le processus par lequel des personnes s’approprient cette capacité d’agir (Bacqué et Biewener, 2013). Au début du processus, les retombées en matière d’empowerment sont très minimes, car les interventions se résument en des programmes d’aide pilotés par le haut et réduisant les sujets de droit à des bénéficiaires passif-ve‑s. En fin du processus, les retombées en matière d’empowerment sont au plus haut niveau, car les sujets de droit ont atteint « °l’état d’empowerment°». Ils sont à l’initiative, tant sur le plan individuel que collectif. Leurs actions ont un impact substantiel dans la transformation de leur réalité sociale (Bacqué et Biewener, 2013 ; Hofmann et Marius-Gnanou, 2006).

Cette notion de processus suggère donc une corrélation entre le temps d’exposition aux interventions d’empowerment (la continuité de participation et l’ancienneté), et les types et niveaux d’empowerment observés (Ninacs, 2008). Des travaux de recherches dont ceux de Leroux, Ninacs et Racine confirment l’existence d’une telle corrélation.

Néanmoins, le temps n’est pas le seul facteur qui sous-tend l’évolution et l’intensité du processus d’empowerment. En effet, selon Emirbayer et Mische (1998), le jugement, l’habitus3 et l’intentionalité sont d’autres éléments pertinents dont il faudrait tenir compte. Abondant dans le même sens, Bacqué et Biewener (2013) défendent l’idée que les types d’empowerment varient en fonction de la vision sociopolitique4 des acteur-trice-s. Afin d’étayer leur propos, elles distinguent trois visions sociopolitiques : la vision néo-libérale, la vision socio-libérale et la vision sociale forte.

Ainsi, pour les personnes souscrivant à une vision néo-libérale, être empowered, c’est faire le nécessaire pour se trouver du bon côté des inégalités (Bacqué et Biewener, 2013). Leur but ultime se résume à l’épanouissement de soi (Taylor, 1994). Qu’elles en aient conscience ou pas, leur conception tiendrait du fait qu’elles « fonde[nt] [leur] compréhension du social sur l’hypothèse de l’intérêt individuel » (Delas et Milly, 2015, p. 408). Dans ce cas de figure, toute perspective organisationnelle ou communautaire n’a qu’une signification instrumentale (Taylor, 1994). En fait, une telle vision du social tend à subsumer le pouvoir d’agir à de la rationalité utilitariste (Delas et Milly, 2015).

Quant aux personnes ayant une vision sociale forte, elles aspirent à une société mue par des rapports sociaux égalitaires entre ses différentes franges (Bacqué et Biewener, 2013). L’empowerment traduit leur ferme engagement pour une profonde transformation des structures sociales (ibid.). Il consiste à s’affranchir d’un système social inégalitaire tout en sachant que « [p]ersonne ne libère personne d'autre ; personne n'est libéré seul ; [et] les gens se libèrent ensemble » (trad. libre, Freire cité par Gadotti, 1994, p. 52).

S’agissant de la vision socio-libérale, Bacqué et Biewener (2013) la positionnent à mi-chemin entre la vision néo-libérale et la vision sociale forte. Les auteures considèrent que l’individu socio-libéral porte « une attention à la cohésion sociale et à la vie des communities […] sans pour autant interroger structurellement les inégalités sociales » (p. 16).

Par ailleurs, sans remettre en cause la pertinence du modèle de Bacqué et Biewener, Ninacs (2008) propose un modèle se rapportant aux paliers d’implication des individus : le palier individuel, le palier organisationnel et le palier communautaire. L’empowerment individuel opère au niveau de la prise de conscience individuelle, du développement de l’estime de soi, de l’acquisition des compétences techniques, et de l’incitation à la participation. Dans sa forme extrême, il « pla[ce] […] le fardeau du processus d’empowerment entièrement sur les épaules de l’individu […] [Il] occulte [ainsi] le recours à l’action collective » (p. 38). Quant à l’empowerment communautaire, il vise le développement simultané de la collectivité et de ses individus à travers la transformation des structures sociales et des rapports de pouvoir. Il s’agit en fait du « moyen par lequel une communauté augmente son pouvoir collectif » (p. 39). On le retrouve au sein des communautés fonctionnelles – c’est-à-dire des organisations – ou au sein de la communauté au sens large. C’est ainsi que l’on peut parler d’empowerment organisationnel et d’empowerment communautaire.

Par ailleurs, Ninacs (2008) attire l’attention sur les « interactions de va-et-vient entre les différents niveaux d’empowerment » (p. 48-49 ; 60). En effet, l’empowerment individuel peut évoluer vers de l’empowerment organisationnel, et ce dernier évoluer à son tour vers de l’empowerment communautaire. Dans le sens inverse, l’empowerment communautaire devrait avoir un effet d’entraînement sur l’empowerment organisationnel. Il en est de même entre l’empowerment organisationnel et l’empowerment individuel.

Au final, lorsqu’il s’agit de définir l’empowerment ou d’en modéliser les différentes formes, la littérature scientifique propose deux définitions et plusieurs typologies. Elles se valent et se complètent, mais aucune ne fait complètement consensus.

Cadre théorique de l’empowerment

Pour les tenant-e-s de la définition selon laquelle l’empowerment est un processus, il s’agit d’un processus qui « ne se réalise généralement pas du jour au lendemain […]. [S]ur le plan temporel, [il se] situe [donc] de façon inhérente dans le long terme » (Ninacs, 2008, p. 32). Ainsi, dans le contexte de l’évaluation d’un projet d’une durée de deux ans, qui vient de se terminer, nous n’avons pas le recul nécessaire pour évaluer « l’état d’empowerment ». La notion de processus nous a donc paru bien plus appropriée pour élaborer notre cadre théorique de l’empowerment. Il s’articule autour des deux dimensions représentées par la figure ci-dessous.

Figure 1 : Représentation de notre cadre théorique de l’empowerment

Figures 1 varia3

Source : Notre propre conception à partir d’une synthèse de la littérature (notamment, Bacqué et Biewener, 2013, p. 15-17 ; Ninacs, 2008, p. 18)

L’axe horizontal représente les paliers d’implication des individus selon le cadre conceptuel de Ninacs (2008). Quant à l’axe vertical, il fait référence aux aspects sociopolitiques de l’empowerment (Bacqué et Biewener, 2013). Notre intérêt pour le modèle de Ninacs tient du fait qu’il émerge d’une longue pratique dans l’intervention sociocommunautaire (Ninacs, 2008), et que le champ d’intervention du projet SOHA s’inscrit précisément dans le domaine sociocommunautaire. Nous avons pris en compte la dimension sociopolitique, qui nous semble tout à fait pertinente au contexte postcolonial africano-haïtien qui caractérise le projet SOHA.

En effet, les sociétés africaines et haïtiennes sont traversées par les trois visions sociopolitiques mises en évidence par Bacqué et Biewener (2013). C’est une réalité qui dément le cliché selon lequel ces sociétés postcoloniales seraient homogènes et profondément ancrées dans une vision sociale forte. Certes, les valeurs de solidarité et de communauté occupent une certaine place dans l’imaginaire collectif. C’est ce que reflète le principe d’« individualité communautaire »5 ou de « coexistence » mis en avant par des sociologues haïtiens et africains (Mocombe, 2017 ; Omobowale et Akanle, 2017). Cependant, « ces dernières décennies suggèrent que le rapport des individus à leur communauté se joue dans un contexte en forte mutation » (Calvès et Marcoux, 2007, p. 8). En effet, le néo-libéralisme et ses aspirations à la rationalité utilitariste sont une réalité sociale qui gagnerait du terrain en Afrique comme ailleurs (Janin, 2006). D’après Ndembou (2006), cette tendance serait plus marquée auprès des jeunes générations. Cela dit, ces accents de libéralisme datent d’avant la montée du néo-libéralisme. À la veille des indépendances déjà, les « affranchis »6 et les « évolués »7 aspiraient à « devenir aussi grands, atteindre un degré, se hisser au rang de l'élite, gravir les échelons... […] grâce à [leurs] mérites personnels » (Lefèvre, 1984, p. 217) ; mais sans jamais envisager une profonde transformation du social (Lefèvre, 1984 ; Mocombe 2017). En fait, ce cas de figure exemplifie ce que peut être l’empowerment dans le cadre d’une vision socio-libérale.

À l’aune du cadre théorique que nous venons de décrire, nous avons réévalué l’objectif de la recherche et l’avons décomposé en trois sous-objectifs : (a) identifier les activités/thématiques à potentiel d’empowerment ; (b) évaluer l’effet d’empowerment de ces activités en fonction des deux dimensions du cadre théorique ; et (c) déterminer le profil sociopolitique des participant‑e‑s.

L’enquête

Données de l’enquête

Afin de répondre à la problématique et aux sous-problématiques posées, nous avons travaillé avec trois sources de données : les données du groupe Facebook de SOHA, les réponses d’un questionnaire accessible en ligne sur la page Facebook de SOHA, et un corpus d’entretiens individuels.

Données du groupe Facebook de SOHA

Pour chacun‑e‑s des utilisateurs‑trices du groupe Facebook de SOHA, nous avons recueilli le lien URL permettant d’accéder à sa page Facebook, les dates de la plus ancienne et de la plus récente activité sur le groupe Facebook de SOHA, et le niveau d’activité au sein du groupe Facebook de SOHA. Par activité, il faut comprendre les publications, les commentaires et les réactions (« j’aime », wow, haha, « j’adore », tristesse, colère). Quant au niveau d’activité, c’est un score d’engagement calculé en fonction du nombre de publications, de commentaires et de réactions8.

Ces informations de base ont été recueillies à l’aide de l’application Grytics, un logiciel permettant de générer des statistiques sur l’activité des groupes Facebook. Elles nous ont permis de déterminer le pays de résidence de chacun‑e‑s des utilisateurs‑trices, leur niveau mensuel moyen d’activité, et le mois de leur entrée en activité.

Questionnaire

Nous avons élaboré un questionnaire comprenant une partie sur les informations sociodémographiques du ou de la répondant‑e, une partie sur son implication dans les activités du projet SOHA, une partie sur l’impact du projet SOHA dans sa vie, une partie sur sa vision sociopolitique, et une partie sur ses attentes non (ou partiellement) satisfaites.

La formulation des questions, le choix de réponses et la grille d’interprétation ont été testés lors d’une séance de focus group avec sept membres de l’équipe de coordination du projet SOHA.

Ce questionnaire a été administré par internet9 à travers l’interface Google formulaire. Concrètement, le lien vers la version Google du questionnaire a été publié sur le site web et sur la page Facebook du projet SOHA. 29 répondant-e-s y ont participé.

Entretiens

Nous avons conduit 18 entretiens individuels semi-directifs qui nous ont permis d’aborder en grande partie les mêmes grands thèmes que ceux du questionnaire. Leur durée était d’environ 45 minutes. Avec les participant‑e‑s de Québec, ces entretiens ont eu lieu dans le cadre de rencontres en face à face. En revanche, avec ceux et celles résidant à Montréal, en Haïti, en Afrique ou en France, nous avons organisé des rencontres virtuelles par l’entremise d’applications tels que Skype, Whatapps et Facebook messenger.

Précisons que dans ce texte, nous utilisons des pseudonymes afin de préserver l’anonymat des interviewé-e-s.

Population cible et représentativité de l’échantillon

Délimitation de la population cible

La coordination du projet SOHA repose sur les interactions faites en ligne et notamment à travers le réseau social Facebook (Rhissa Achaffert, 2016) et délimiter la population ciblée par notre recherche ne fut pas chose aisée. Cela tient notamment au fait qu’un réseau au sein d’un réseau social (Facebook, Twitter, etc.) « ne connaît vraisemblablement pas de frontière, ni de délimitation tranchée » (Mercklé, 2016, p. 11). Il nous a donc fallu développer une approche basée sur l’analyse des informations à notre disposition.

En nous basant sur les statistiques du groupe Facebook de SOHA, nous avons postulé que la population cible de notre enquête est l’ensemble des utilisateurs-trices du groupe qui répondent aux trois conditions suivantes : (i) être entré-e en activité avant la fin du projet SOHA ; (ii) ne pas avoir décroché, c’est-à-dire avoir continué à publier, commenter ou réagir même après les 30 jours qui suivirent leur entrée en activité ; et (iii) être toujours actif-ve pendant la période qui précède la collecte des données de l’enquête.

Numériquement parlant, il s’agit d’une population de 399 membres. En effet, 1 518 utilisateurs-trices satisfont à la condition (i) ; 789 satisfont simultanément aux conditions (i) et (ii) ; et 399 satisfont simultanément aux conditions (i), (ii) et (iii).

Représentativité de l’échantillon soumis au questionnaire

Le graphique 1 représente la population cible répartie par pays de résidence. Parmi ceux et celles résidant en Haïti ou en Afrique francophone (pays SOHA), 55% sont dans un pays avec colloque– c’est-à-dire en Haïti et dans les pays d’Afrique francophone où le projet SOHA a tenu un colloque ou une journée scientifique de recherche.

Graphique 1 : Population cible – Répartition par pays de résidence

graph 1 varia3

Source : Données d’enquête

Le graphique 2 quant à lui représente les répondant-e-s au questionnaire. Eux et elles aussi sont réparti-e-s par pays de résidence. Tout comme dans la population cible, 55% résident dans un pays avec colloque. Les répondant-e-s au questionnaire sont donc assez représentatif-ves de la diversité de la population cible.

Graphique 2 : Répondant-e-s au questionnaire – Répartition par pays de résidence

graph 2 varia3

Source : Données d’enquête

Résultats

Grilles d’interprétation du questionnaire et critères d’analyse

Dans la section sur l’impact du projet SOHA dans la vie du ou de la répondant-e, une série de 12 assertions ont été formulées de sorte que les réponses « Tout à fait d’accord », « D’accord », « Pas d’accord » et « Pas du tout d’accord » indiquent si le projet SOHA a eu (ou pas) un effet d’empowerment.

Tableau 1 : Grille d’interprétation de la section sur l’impact du projet SOHA

Assertion :
C’est grâce au projet SOHA que…

Thématique

Palier

Interprétation de la réponse
« D’accord » ou « Tout à fait d’accord »

Je suis plus ambitieux-se et confiant-e en moi que je ne l'étais auparavant

N/a : l’assertion est d’ordre général

Empowerment individuel

Je développe mon pouvoir d’agir sur le plan individuel

Je réalise que les universités doivent s'impliquer dans le développement local durable de l'Afrique et/ou d'Haïti.

N/a : l’assertion est d’ordre général

Empowerment organisationnel

Je prends conscience que la structure universitaire a un rôle pivot à jouer dans le processus d’empowerment

J'ai une autre vision de ce que devrait être le développement de l'Afrique et/ou d'Haïti.

N/a : l’assertion est d’ordre général

Empowerment communautaire

Je prends conscience du pouvoir d’agir de la communauté

J'ai compris qu'il est inutile dans une recherche se déroulant au Sud de citer une longue liste d'auteurs du Nord dont les théories et les contextes d'études sont très éloignés des réalités étudiées.

Savoirs Nord/Sud

Empowerment individuel

J’accorde beaucoup plus d’importance à un savoir qui s’inscrit dans des valeurs individualistes (Mocombe, 2017).

Je commence à m’intéresser aux travaux des intellectuels africains et haïtiens.

Savoirs Nord/Sud

Empowerment organisationnel

Je valorise le savoir universitaire du Sud

Je reconnais que les savoirs locaux, incluant les traditionnels, peuvent avoir une grande valeur.

Savoirs Nord/Sud

Empowerment communautaire

Je valorise un savoir compréhensif et des valeurs communautaires (Mocombe, 2017).

Fréquemment, je vais sur le web pour apprendre en lisant les publications d’autres internautes.

Numérique

Empowerment individuel

Ma pratique du numérique vise la satisfaction de mes intérêts individuels.

Je comprends mieux pourquoi les universités de mon pays devraient offrir l'accès au web à tous.

Numérique

Empowerment organisationnel

Ma pratique du numérique vise à satisfaire mes besoins académiques.

Je réalise que mes écrits sont susceptibles d’être publiés (dans des billets de blog, des revues, des livres, etc.).

Numérique

Empowerment communautaire

Ma pratique du numérique vise à impacter mon entourage.

J’ai développé un réseau de contacts internationaux pour de futures opportunités.

Réseau et amitiés

Empowerment individuel

Je rationalise mon réseau de contact.

Je suis entré(e) en contact avec des organismes d’éducation (autres universités que la mienne, programme de bourse, etc.)

Réseau et amitiés

Empowerment organisationnel

J’établis un contact avec des structures universitaires parce je considère qu’elles sont importantes pour mon développement.

J’ai tissé de nouvelles et profondes amitiés.

Réseau et amitiés

Empowerment communautaire

Je m’investis dans la communauté.

dans la vie du ou de la répondant-e

Tel que cela est présenté dans le tableau ci-dessus, notre grille d’interprétation a permis d’évaluer si le projet SOHA en général ainsi que chacune des trois thématiques ont (ou pas) induit un effet d’empowerment sur le plan individuel, organisationnel et communautaire.

Ensuite, nous avons évalué si l’effet d’empowerment devait être considéré comme confirmé ou mitigé. Voici nos critères d’analyse :

Tableau 2 : Critères d’analyse de l’effet d’empowerment

 

Effet confirmé

Effet quelque peu mitigé

Effet mitigé

Sur le plan individuel

Le projet a eu un effet d’empowerment, et au moins une thématique a eu un effet d’empowerment.

N/a

Le projet a eu un effet d’empowerment, mais aucune thématique n’a eu un effet d’empowerment.

Sur le plan organisationnel

Le projet a eu un effet d’empowerment, et au moins une thématique a eu un effet d’empowerment.

N/a

Le projet a eu un effet d’empowerment, mais aucune thématique n’a eu un effet d’empowerment.

Sur le plan communautaire

Le projet a eu un effet d’empowerment, et au moins une thématique a eu un effet d’empowerment.

N/a

Le projet a eu un effet d’empowerment, mais aucune thématique n’a eu un effet d’empowerment.

En général

Effet confirmé sur les trois plans (individuel, organisationnel et communautaire).

Effet confirmé seulement sur deux des trois plans.

Effet confirmé sur un seul des trois plans.

Dans la section sur la vision sociopolitique, une série de cinq assertions ont été formulées de sorte que les réponses « Tout à fait d’accord », « D’accord », « Pas d’accord » et « Pas du tout d’accord » indiquent si le ou la répondant-e a une vision sociopolitique très libérale, libérale, radicale, très radicale, ou ni libérale, ni radicale.

Tableau 3 : Grille d’interprétation de la section sur la vision sociopolitique

Assertion :
De façon générale…

Interprétation de la réponse
« D’accord » ou « Tout à fait d’accord »

Code des réponses :
Vision sociopolitique…

très libérale (-2) ;
libérale (-1) ;
ni libérale ni radicale (0) ;
radicale (+1) ;
très radicale (+2
)

Je suis convaincu(e) que la clé du développement de mon pays, c'est que chacun se prenne en charge.

Sur ce point, je m’inscris dans une perspective plutôt néolibérale.

-2 : « Tout à fait d’accord »
-1 : « D’accord »
0 : « Ni en désaccord ni d'accord »
+1 : « Pas d’accord »
+2 : « Pas du tout d’accord »

Je suis convaincu(e) qu'il n'y a pas de développement si on ne tend pas la main à celles et ceux qui en ont besoin.

Sur ce point, je m’inscris dans une perspective plutôt radicale.

-2 : « Pas du tout d’accord »
-1 : « Pas d’accord »
0 : « Ni en désaccord ni d'accord »
+1 : « D’accord »
+2 : « Tout à fait d’accord »

Je considère que le progrès économique et social exige le développement de l'entrepreneuriat dans mon pays

Sur ce point, je m’inscris dans une perspective plutôt néolibérale.

--2 : « Tout à fait d’accord »
-1 : « D’accord »
0 : « Ni en désaccord ni d'accord »
+1 : « Pas d’accord »
+2 : « Pas du tout d’accord »

Je considère que le progrès économique et social exige une prise de conscience collective des communautés défavorisées.

Sur ce point, je m’inscris dans une perspective plutôt radicale.

-2 : « Pas du tout d’accord »
-1 : « Pas d’accord »
0 : « Ni en désaccord ni d'accord »
+1 : « D’accord »
+2 : « Tout à fait d’accord »

Je considère que le progrès économique et social exige le développement de la société civile de mon pays.

Sur ce point, je m’inscris dans une perspective plutôt radicale.

-2 : « Pas du tout d’accord »
-1 : « Pas d’accord »
0 : « Ni en désaccord ni d'accord »
+1 : « D’accord »
+2 : « Tout à fait d’accord »

du ou de la répondant-e

À la grille d’interprétation présentée ci-dessus, nous avons associé des critères d’analyse en vue de déterminer le profil sociopolitique du ou de la répondant-e.

Tableau 4 : Critères d’analyse pour déterminer le profil sociopolitique du ou de la répondant-e.

 

Profil « social fort »

Profil « plutôt libéral »

Synthèse des cinq assertions du tableau 3

Somme des réponses
supérieure à 3.

Somme des réponses
inférieure ou égale à 3.

Vers une typologie des formes d’empowerment

Grâce à une approche typologique que nous illustrons par la figure 2, nous avons intelligibilisé les résultats du questionnaire provenant de la section sur l’impact du projet SOHA et de celle sur la vision sociopolitique. Nous avons ainsi identifié quatre formes d’empowerment. Ci-dessous, nous les décrivons en suivant un ordre allant de la plus prépondérante à la moins prépondérante.

  •   Empowerment « total »: Tel qu’on le voit sur la figure 2, cette forme d’empowerment se retrouve chez 13 des 22 répondant-e-s valides. Quatre d’entre eux et d’entre elles revendiquent une vision sociale forte tandis que neuf s’inscrivent dans une dimension sociopolitique plutôt libérale. Nous disons qu’il s’agit d’un empowerment « total » parce que toutes les thématiques induisent de l’empowerment et que cet effet est confirmé sur le plan individuel, organisationnel et communautaire.
  •   Empowerment « de sensibilisation »: Tel qu’on le voit sur la figure 2, cette forme d’empowerment se retrouve chez quatre des 22 répondant-e-s valides. Parmi eux et elles, une personne revendique une vision sociale forte tandis que trois s’inscrivent dans une dimension sociopolitique plutôt libérale. Toutes les thématiques induisent de l’empowerment. Néanmoins, cet effet n’est confirmé que sur le plan organisationnel et communautaire

En fait, ce type d’empowerment se rapporte à l’expérience de personnes qui étaient déjà « empowered » sur le plan individuel. À travers le projet SOHA, elles ont trouvé l’occasion de démontrer leur ferme engagement envers le monde universitaire et envers la communauté locale. Les mêmes cas de figure émergent des entretiens. Ainsi Ibrahim affirme : « Bien avant que j’entre dans le projet, j’étais intéressé par cette problématique qu’est “l’ouverture de la science”. […] Mais [grâce au projet], c’est devenu un comportement, une idée que je véhicule » (Ibrahim, communication personnelle, 6 mars, 2017). C’est la raison qui nous fait dire qu’il s’agit d’un empowerment « de sensibilisation ».

 Figure 2 : Typologie de quatre formes d’empowerment

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 Source : Construite à partir de nos observations et résultats d’enquête

  1. Profil sociopolitique du ou de la répondant-e.
  2. Les thématiques ont-elles induit de l’empowerment?
  3. Évaluation de l’effet d’empowerment.
  4. Effet confirmé sur le plan individuel, organisationnel et communautaire.
  5. Effet confirmé seulement sur le plan organisationnel et communautaire.
  6. Effet confirmé uniquement sur le plan organisationnel, ou uniquement sur le plan communautaire
  • Empowerment « non substantiel »: Cette forme d’empowerment se retrouve chez trois des 22 répondant-e-s valides. Tou-te-s s’inscrivent dans une dimension sociopolitique plutôt libérale. Nous disons qu’il s’agit d’un empowerment « non substantiel » parce qu’aucune des thématiques du projet SOHA n’a induit de l’empowerment.

Cependant, les répondant-e-s ne manquent pas de reconnaître que le projet est « un premier pas dans la revalorisation du local »10. Toutefois, ils et elles considèrent que « le projet doit s'étendre sur un nombre beaucoup plus considérable d'étudiants et de chercheurs » 11 ; et qu’il devrait « se diversifier dans d'autres domaines tels que l'économie »12.

  • Empowerment « d’enthousiasme »: Cette forme d’empowerment se retrouve chez deux des 22 répondant-e-s valides. Tou-te-s deux s’inscrivent dans une dimension sociopolitique plutôt libérale.

La lacune de cette forme, est que l’effet d’empowerment est mitigé sur le plan individuel. Elle n’arrive pas à intégrer le palier individuel, le palier organisationnel et le palier communautaire de l’empowerment. Elle passe ainsi à côté de « la question de l’intégration et celle du dépassement des individus et des groupes dans une perspective politique » (Bacqué et Biewener, 2013, p. 144). C’est pourtant l’une des conditions nécessaires pour que l’enthousiasme généré soit réellement porteur d’un projet d’émancipation.

 Meilleures retombées dans les pays SOHA où il n’y a pas eu de colloque ?...

Lorsque l’on pousse l’analyse des données du questionnaire afin de tenir compte du pays de résidence des répondant-e-s, il semble que les formes d’empowerment les plus abouties se retrouvent dans les pays SOHA sans colloque. C’est ce que semblent montrer les graphiques 3 et 4.

Graphique 3 : Formes d’empowerment

graph 3 varia3

dans les pays SOHA avec colloque

Source : Données d’enquête

Graphique 4 : Formes d’empowerment

graph 4 varia3

dans les pays SOHA sans colloque

Source : Données d’enquête

Dans les pays SOHA avec colloque,75% des répondant-e-s témoignent de formes d’empowerment plutôt abouties (67% d’empowerment « total » et 8% d’empowerment « de sensibilisation »). Cette proportion est de 80% (50% d’empowerment « total » et 30% d’empowerment « de sensibilisation ») parmi les répondant-e-s qui résident dans des pays d’Afrique francophone où le projet n’a pas tenu ce genre d’activité (pays SOHA sans colloque).

Les statistiques du groupe Facebook tendent à confirmer ce constat. Dans les pays SOHA sans colloque, le niveau d’engagement mensuel moyen est relativement plus élevé que dans les pays SOHA avec colloque. C’est ce que montre le graphique 5.

Graphique 5 : Population cible – Niveau d’engagement en fonction du pays de résidence

graph 5 varia3

Source : Données du groupe Facebook Soha

Bien que ce constat puisse a priori surprendre, il est corroboré par le contenu des entretiens. En effet, parmi les interviewé-e-s ayant participé à un colloque SOHA, il y a de ceux et celles qui disent avoir gagné en empowerment et d’autres qui ont du mal à quitter le statut de bénéficiaire passif-ve. Ainsi, Alidor affirme : « J’étais plutôt un apprenant passif […]. Dans le cadre du projet, j’ai appris à être un étudiant actif » (Alidor, communication personnelle, 22 mars, 2017). Tout à fait à l’opposé, Honorine déclare :

« Je vois [Claude13] publier des sujets qui m’intéressent beaucoup. Je suis en train de lire les commentaires, mais je n’agis pas. Je suis encore passive dans le système. […] [Et à la question de savoir pourquoi elle est passive, elle répond :] Parce que je n’ai pas encore eu l’occasion de faire plus. Jusque-là, je n’ai pas encore trouvé comment faire… étant donné que je suis [en Afrique14]. En fait, je ne fais que consommer, car je ne suis pas à la page » (Honorine, communication personnelle, 2 avril, 2017).

Par contre, parmi les personnes interviewées qui ont rejoint le projet SOHA sans avoir eu à participer à l’un de ces colloques ou à la journée scientifique de recherche à Ouagadougou, aucune ne se trouve au niveau de bénéficiaire passif-ve. Toutes ont vu dans ce projet un terrain d’action propice à l’affirmation d’ambitions individuelles préexistantes à leur contact avec le projet SOHA. Précisons toutefois qu’« individuelle » doit se comprendre dans une logique d’ « individualité communautaire » (Mocombe, 2017, p. 81). Les propos d’Omar ou ceux de Jean illustrent cette question de façon plutôt éloquente.

En effet, au cours de notre entretien avec Omar, ce dernier nous a partagé sa compréhension du projet SOHA :

« Le projet SOHA donne à ces étudiants [les étudiant-e-s d’Afrique et d’Haïti] l’opportunité de montrer ce dont ils sont capables, d’apporter leur part de contribution au développement. […] [Juste après, il poursuit :] Avant le projet j’y pensais déjà, mais je n’avais pas eu l’opportunité de faire quelque chose » (Omar, communication personnelle, 22 mars, 2017).

Quant à Jean, c’est un fanonien dans l’âme. Il a pour maxime de vie : « Chaque génération a pour mission de marquer la terre de ses empreintes, et doit travailler pour qu’il y ait la justice sur terre » (Jean, communication personnelle, 26 mars 2017). En fait, ce n’est rien d’autre qu’une paraphrase de la célèbre citation de Frantz Fanon (1961/2002) : « chaque génération doit dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir » (p. 197).

Selon lui, les objectifs du projet SOHA permettent aux « jeunes [de] prendre conscience de leur existence » (Jean, communication personnelle, 26 mars, 2017). En fait, il y voit de fortes accointances avec ses principes personnels. C’est la raison qui l’a poussé à s’investir dans le projet ; il en avait entendu parler par hasard lors d’une rencontre sur Facebook.

…ou « prêche à des converti-e-s » ?

Plus que d’exemplifier l’affirmation d’une prise de conscience critique, les propos ci-dessus témoignent qu’Omar et Jean (et bien de ceux et celles qu’ils représentent) adhéraient à une vision sociale forte même avant d’entrer en contact avec le projet SOHA Si cela est la raison pour laquelle dans les pays SOHA sans colloque, 40% des répondant-e-s au questionnaire ont une vision sociale forte (graphique 4) tandis que cette proportion est à 8% dans les pays SOHA avec colloques (graphique 3), se pose alors la question du processus de sélection des membres.

Dans les pays SOHA avec colloque, le processus de sélection des membres ne peut être dissocié de l’organisation desdits colloques. En effet, leur tenue a occasionné des afflux de nouveaux et nouvelles utilisateur-trices du groupe Facebook (graphique 1.1). Par ailleurs, parmi les personnes interviewé-e-s, nombreux-euses sont ceux et celles qui disent avoir rejoint le projet SOHA à l’occasion d’un colloque (ou de la journée scientifique de recherche de Ouagadougou) auquel (à laquelle) ils ou elles ont participé.

C’est « par le canal d’un professeur » (Koffi, communication personnelle, 15 mars, 2017) que Koffi a entendu parler de la journée scientifique de recherche organisée par le projet SOHA. Pour Blaise et Brice qui ont chacun eu à participer à un colloque de SOHA, c’est aussi par l’entremise d’un-e professeur-e qu’ils en ont entendu parler (Blaise, communication personnelle, 13 mars, 2017 ; Brice, communication personnelle, 19 mars, 2017). Brice raconte :

« C’est une professeure qui m’en a parlé. Elle a fait passer les formulaires d’adhésion à tous les étudiants qui étaient dans le cours. Mais, malheureusement, j’étais le seul qui a rempli le formulaire et qui a aussi suivi toutes les étapes jusqu’à une plus grande implication dans le projet SOHA » (Brice, communication personnelle, 19 mars, 2017).

Pour la petite histoire, de nombreuxétudiant-e-s ont participé à ce colloque. Un certain nombre ont rejoint le projet SOHA et se sont inscrit-e-s au groupe Facebook. Toutefois, ils et elles n’ont pas tou-te-s eu une implication et une expérience d’empowerment aussi aboutie que celle de Brice. En effet, ce dernier fait partie des 3% dont le score moyen d’engagement mensuel dépasse les 20 points.

En fait, ces témoignages montrent que les membres ayant adhéré par l’entremise des professeur-e-s sont un public hétérogène et pas nécessairement conquis d’avance. En effet, dans ces contextes encore marqués par « le mandarinat des rapports hiérarchiques entre étudiants et professeurs » (Élodie, communication personnelle, 12 mars, 2017), il est fort probable que les étudiant-e-s aient participé aux colloques (ou à la journée scientifique de recherche) moins par intérêt pour le thème que parce qu’ils et elles avaient été sollicité-e-s par un-e professeur-e. C’est ce qui semble filtrer des propos de Koffi lorsque, parlant du professeur qui l’avait sollicité, il tient à préciser : « c’est notre directeur, notre chef de département, et surtout le directeur du laboratoire » (Koffi, communication personnelle, 15 mars, 2017). Au demeurant, même s’il est entaché des effets du pouvoir symbolique des professeur-e-s, ce processus de sélection a permis de rejoindre un public hétéroclite.

Dans les pays SOHA sans colloque, le processus de sélection était différent puisqu’il n’y a pas eu de sollicitation de la part des professeur-e-s. Les gens ont adhéré parce qu’ils ou elles se reconnaissaient dans les valeurs du projet SOHA. Cela s’est traduit par une homophilie prononcée.

De ce qui précède, il nous semble plus approprié de ne pas parler de meilleurs résultats dans les pays SOHA sans colloque, mais plutôt de résultats qui varient selon le niveau d’homophilie et d’hétérogénéité.

Discussion

Formes d’empowerment et profil sociopolitique

Les résultats ci-dessus nous permettent d’affirmer que le projet a généré plusieurs formes d’empowerment. L’empowerment « de sensibilisation » et l’empowerment « total » sont les formes les plus abouties. On les retrouve parmi ceux et celles s’identifiant à une vision sociale forte, mais aussi parmi ceux et celles fondant leur compréhension du social sur un postulat utilitariste.

En effet, pour les un-e-s, l’empowerment de SOHA est avant tout une question de solidarité réciproque. Ce qui les a motivé-e-s, « c’est surtout le travail collaboratif […], le fait qu’on puisse arriver ensemble à travailler sur un même projet, et que chacun donne son avis » (Alidor, communication personnelle, 22 mars, 2017). Pour les autres comme Sébastien, l’empowerment de SOHA s’inscrit dans une quête d’autonomie. En effet, après nous avoir expliqué que c’est grâce au projet SOHA qu’il ose à présent répondre aux appels à publication et soumettre sa candidature aux opportunités qui se présentent, il conclut : « Je suis en confiance […]. Et quand nous sommes en confiance, ça nous rend autonomes » (Sébastien, communication personnelle, 13 mars, 2017).

Quant à l’empowerment « non substantiel » et l’empowerment « d’enthousiasme », ils sont respectivement la forme la moins accomplie et la plus mitigée. On ne les retrouve que parmi ceux et celles dont l’orientation sociopolitique est plutôt libérale. Ainsi, on retient que quand bien même il est compatible à différentes compréhensions du monde sociopolitique, le projet SOHA est une recherche-action engagée « à gauche ». On ne peut donc pas parler d’impartialité ou de neutralité scientifique. Cela rejoint le constat selon lequel

« la prise en compte de la portée émancipatrice de l’empowerment appelle à construire une critique de gauche du “trop” d’État ou du “mal” État, qui se distingue des arguments néo-libéraux et socio-libéraux en ce que la démocratisation, la solidarité et la justice sociale prennent le pas sur la rationalité économique comme légitimité » (Bacqué et Biewener, 2013, p. 142).

En effet, nos résultats ont montré que les cas d’empowerment « non substantiel » sont le propre des profils plutôt libéraux. On se souvient notamment du cas de ce ou cette répondant-e qui souhaite vivement que projet SOHA investisse le terrain des questions économiques.

Néanmoins, la dimension sociopolitique ne permet pas d’expliquer les cas d’empowerment « d’enthousiasme ». Pour cela, il faudrait rationaliser le fait que l’utilitarisme libéral soit la cause de résultats mitigés sur le plan individuel, mais confirmés sur le plan communautaire ou organisationnel. En fait, il se pose la question de savoir quels autres facteurs pourraient expliquer les cas d’empowerment partiel.

Effets contingents de l’acquisition de compétences techniques

Sans toutefois occulter l’intérêt pour la valorisation du savoir du Sud et pour le développement d’un réseau d’amitié, les questions de littératie numérique auraient été pour certain-e-s la principale motivation de leur participation au projet SOHA.

En fait, grâce aux ateliers webinaires et tutoriels de développement de compétences techniques en littératie numérique, la thématique du « numérique » se serait imposée comme le volet le plus concret du projet SOHA.

Lorsque l’on considère les résultats d’autres enquêtes évaluatives, on en arrive à envisager que cet attrait pour les compétences techniques pourrait être l’une des causes d’empowerment partiel. En effet, lesdites enquêtes soulignent que lorsque les participant-e-s sont uniquement motivé-e-s par l’acquisition de

« compétences techniques […] qui permett[ent] […] d’accomplir des tâches pratiques ou de prendre des décisions concrètes liées aux techniques développées [;] ce serait […] un empowerment partiel […], c’est-à-dire une capacité d’agir qui n’est pas automatiquement accompagnée d’une estime de soi renforcée ou d’une conscience critique accrue » (Ninacs, 2008, p. 101-102).

Il est donc tout à fait plausible que la mise en œuvre du volet « numérique » ait eu des effets contingents. Ceux-ci seraient à la base des résultats mitigés qui caractérisent l’empowerment « d’enthousiasme ».

Toutefois, les propos cités suggèrent que le problème n’est peut-être pas le volet « numérique » en lui-même, mais plutôt la faible concrétisation des autres aspects du projet SOHA (Augustin, communication personnelle, 24 mars, 2017). Abordant lui aussi le problème de concrétisation, Robert nous a confié : « Pour moi, ce n’est pas intéressant que le colloque se termine et que tout s’arrête là. […] Je me […] dis pourquoi ne pas mobiliser d’autres jeunes autour de la nécessité de s’engager concrètement, pour rendre réalisables les objectifs de SOHA » (Robert, communication personnelle, 25 mars, 2017). Et quand nous lui avons demandé s’il pense que le projet SOHA a atteint ses objectifs, il a répondu : « Non, pas vraiment. […]  Pour moi, il y a un problème de suivi. […] C’est-à-dire qu’en général, les idées sont assez bonnes, mais le projet ne dispose pas d’assez de gens » (Robert, communication personnelle, 25 mars 2017).).

Effets contingents de l’utilisation de Facebook

De prime abord, l’affirmation selon laquelle le projet SOHA ne dispose pas d’assez de membres est plutôt surprenante. En effet, au moment où nous terminions notre collecte de données, le groupe Facebook de SOHA comptait plus de 6 000 inscrit-e-s et avait des assistants basés au Burkina Faso, au Mali, au Niger, au Sénégal, en Haïti et au Québec.

Cependant, sur ces 6 000 inscrit-e-s, seul-e-s 1 802 ont partagé ne fut-ce qu’une publication, un commentaire ou une réaction. Par ailleurs, et ce tel que nous l’avons mentionné lors de la délimitation de la population cible, 1 518 d’entre eux et d’entre elles sont entré-e-s en activité pendant la durée du projet, mais seul-e-s 399 ont été identifié-e-s comme ayant effectivement participé au projet SOHA.

L’érosion de ces chiffres s’explique probablement par les difficultés d’accès à internet dues à la fracture numérique entre les pays du Sud dits en développement et ceux du Nord dits développés. En effet, les données de 2015 de l’Union Internationale des Télécommunications rapportent que « 82% des habitants des pays développés utilisent désormais Internet, contre seulement 35% des habitants des pays en développement » (Mercklé, 2016, p. 87). Par ailleurs, force est de constater que le projet SOHA porte lui aussi la marque de cette fracture numérique. On le voit dans le graphique 5 qui montre que les niveaux d’engagement mensuel moyen au sein du groupe Facebook passent respectivement du simple (4,1) au double (8,0) selon qu’il s’agit des pays de la zone géographique du projet SOHA ou des pays non SOHA (très largement représentés par le Canada, la France et d’autres pays européens).

Cela dit, il importe de souligner que la fracture numérique, ce n’est pas seulement l’accès inégal aux infrastructures technologiques ou aux compétences techniques. C’est aussi l’accès inégal à

« la maîtrise des usages communicationnels légitimes (dont fait partie la fameuse “netiquette”) portée par ces technologies. Serge Proulx [2006] fait l’hypothèse que la communication électronique en groupe peut de ce fait créer autant le lien social que l’exclusion, dans le même mouvement. […] Ainsi, […] l’illégitimité persistante de certaines formes d’expression sur Internet continue de tenir les classes [dominées] à l’écart des normes d’autonomie, d’accomplissement de soi et de reconnaissance imposées dans ces nouveaux espaces publics par les classes dominantes [Granjon, 2009] » (Mercklé, 2016, p. 87-88).

Se pose alors la question de savoir si les réseaux sociaux peuvent effectivement gommer les écarts socioculturels dont ils prétendent se distancier. Tout en faisant écho à l’œuvre de Bourdieu et Passeron qui a dénoncé le fait que malgré « la distance, petite, mais réelle, entre la culture scolaire et la culture de l’élite […], l’école […] n’est en réalité pas propre à remettre en cause les écarts culturels entre catégories sociales » (Jourdain et Naulin, 2011, p. 49) ; ce questionnement suggère que les réseaux sociaux sont des médias non-neutres qui véhiculent des valeurs socio-libérales.

Ainsi, il y a lieu de craindre que le média Facebook soit inapproprié au projet SOHA puisque ce dernier porte une vision sociale forte (de « gauche »). Ce qui est arrivé à Honorine confirme cette crainte. En effet, bien que disposant d’un accès à internet et de compétences techniques suffisantes, elle reste en marge des activités du projet et semble assez mal à l’aise avec les usages communicationnels en ligne. (Honorine, communication personnelle, 2 avril, 2017). Le ressenti d’exclusion est fort, d’autant plus que le réseau social Facebook occupe une place importante dans la coordination des activités du projet et dans le développement de la sociabilité entre ses membres.

Dans le cas de Youssouf par contre, internet a été un réel facteur d’inclusion. Bien que ce soit dans le cadre du projet SOHA qu’il ait pour « la première fois […] rempli un formulaire en ligne, […] [;] [il a depuis] écrit, […] contribué à des publications d’articles, […] rédigé des billets de blog, et […] participé à des conférences en ligne » (Youssouf, communication personnelle, 7 mars, 2017). Il fait partie des 3% dont le score moyen d’engagement mensuel dépasse les 20 points. Il fait aussi partie des personnes conquises d’avance à la vision du projet. En effet, il affirme « déjà avant de connaître le projet, j’étais d’accord sur les principes » (Youssouf, communication personnelle, 7 mars 2017).

En somme, on voit que les effets contingents de l’usage de Facebook peuvent être atténués par une forte adhésion à l’idéal du projet SOHA. Le cas échéant, le risque de tomber dans des formes d’empowerment partiel est bel et bien réel.

Les boutiques de sciences15 : un espoir de concrétisation

Quand bien même la thématique du « numérique » s’est imposée comme le volet le plus concret du projet SOHA, la thématique des « savoirs Nord/Sud » n’en reste pas moins le volet perçu comme le plus pertinent. En effet, l’importance de la revalorisation des savoirs locaux et/ou traditionnels est le seul point qui fait l’unanimité.

Ainsi, le projet SOHA est perçu comme « un premier pas dans la revalorisation du local »16. Aussi, d’aucun-e-s pensent qu’« il est vrai que des projets comme les boutiques de sciences sont une façon    concrète de rapprocher les chercheurs des citoyens et de faire participer les citoyens dans des projets scientifiques » (Augustin, communication personnelle, 24 mars, 2017). Ce sont des remarques qui comptent d’autant plus qu’elles proviennent de répondant-e-s se retrouvant dans de l’empowerment « non substantiel » et d’un interviewé dont on se souvient qu’il est plutôt sceptique au sujet de la concrétisation des activités du projet.

En fait, le lien avec la thématique des « savoirs Nord/Sud » est que les boutiques de science facilitent le partenariat entre l’université et la société civile. Elles permettent à des étudiant-e-s de réaliser des travaux (analyses, études de projet, recherches, etc.) commandités par des organismes communautaires. Ces travaux sont supervisés par un-e professeur-e dans le cadre d’un cours ou d’un laboratoire de recherche. Leur réalisation contribue au parcours de formation académique. Dans les pays dits du Sud, ces travaux contribuent aussi à « la valorisation des compétences et des points de vue locaux (ceux des étudiants, des étudiantes et des associations). [Il se] rétablit ainsi un équilibre entre les savoirs de type universitaire, souvent issus du Nord, et les savoirs locaux » (Piron, 2016b, p. 315).

Par ailleurs, les boutiques de science sont aussi vues comme l’opportunité d’une « exist[ence] pas seulement sur internet, mais aussi physiquement en Afrique » (Serge, communication personnelle, 6 mars, 2017). Et d’aucun-e-s pensent que « cela pourrait d’une manière ou d’une autre redynamiser les objectifs du projet SOHA » (Koffi, communication personnelle, 15 mars, 2017).

Finalement, le lancement d’un grand nombre de boutiques de science présenterait plusieurs avantages. D’une part, cela permettrait une prise de conscience accrue et un regard plus critique sur une économie mondiale du savoir empreinte de profondes inégalités. On assisterait ainsi à l’atténuation des effets contingents associés à l’utilisation de Facebook. D’autre part, en s’inscrivant dans du concret, le déploiement des boutiques de science serait un frein à la cannibalisation des efforts entrepris dans le cadre du développement de la littératie numérique. Il reste à savoir si au niveau local, les responsables universitaires sont prêts à soutenir matériellement et institutionnellement ce genre d’initiative qui démocratise le savoir et ouvre des perspectives fructueuses pour la responsabilité sociale et la modernisation pédagogique dans les universités.

Conclusion

Cette recherche évaluative a fait émerger deux formes d’empowerment plutôt aboutil’empowerment « total » et l’empowerment « de sensibilisation » –, et deux formes d’empowerment partiel l’empowerment « non substantiel » et l’empowerment « d’enthousiasme ». Contre toute attente, c’est dans les pays SOHA n’ayant pas accueilli de colloque SOHA, que l’on retrouve plus d’étudiant-e-s dans les formes d’empowerment abouti et moins d’étudiant-e-s dans les formes d’empowerment partiel. C’est aussi dans ces pays que, comparativement aux pays SOHA avec colloque, le score d’engagement sur le groupe Facebook de SOHA est le meilleur.

Néanmoins, une analyse plus approfondie a démontré que ces différences sont en partie à associer au niveau d’homophilie et d’hétérogénéité des membres. Ce sont des différences à la source, c’est-à-dire inscrites dans le processus et dans le contexte de sélection de nouveaux membres du projet SOHA. Dans les pays n’ayant accueilli aucun colloque SOHA, les étudiant-e-s qui rejoignent le projet ont en majorité déjà, une vision sociale forte et une conscience acquise aux causes défendues par le projet SOHA. Par contre, dans les pays avec colloque, la sélection fut plus hétérogène ; quoique marqué par un taux élevé de décrochage. En second lieu, l’on retient donc que le profil sociopolitique des participant-e-s est un facteur qui a influencé les retombées du projet SOHA en matière d’empowerment.

Par ailleurs, la fracture numérique qui divise le monde entre pays dits en développement du Sud et pays dits développés du Nord est une réalité qu’il ne faut pas occulter. Elle fait partie des injustices cognitives contre lesquelles l’équipe du projet SOHA (Mboa Nkoudou, 2016) engage ses efforts. Notre discussion a toutefois attiré l’attention sur le caractère à la fois inclusif et exclusif de la communication électronique en groupe (Mercklé, 2016). En fait, en se rendant très fortement dépendant du réseau social Facebook (Rhissa Achaffert, 2016), le projet SOHA a pris le risque d’exclure une partie de ceux et celles pour qui internet est trop cher ou qui n’en maîtrisent pas les usages communicationnels. Néanmoins, une conscience critique accrue, le déploiement des dispositifs de boutiques des sciences, ainsi que la transformation progressive et plutôt récente du projet en mouvement SOHA tendraient à atténuer l’impact des effets contingents.

Enfin, si le projet SOHA veut optimiser ses retombées en diminuant les formes d’empowerment « non substantiel » et « d’enthousiasme » au profit des formes d’empowerment « total » et « de sensibilisation », il semble qu’il faudra s’employer davantage à promouvoir à long terme une vision sociale forte et engagée pour le changement des rapports inégalitaires qui régissent encore l’économie du savoir. Au demeurant, et cela comme toutes les « utopies concrètes » – c’est ainsi que le projet SOHA se définit (Piron et al., 2016) –, le projet SOHA ne demeure-t-il pas tributaire d’une orientation progressiste du cours de l’histoire (Broca, 2012) ?

 

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Piron F., 2016b, «°Les boutiques des sciences et des savoirs, au croisement entre université et développement local durable°», in Piron F., Regulus S. et Dibounje Madiba M. S. (dir.), Justice cognitive, libre accès et savoirs locaux. Pour une science ouverte juste, au service du développement local durable, Québec, éd. Science et bien commun, p. 305-324.

Piron F., Regulus S. et Dibounje Madiba M. S., 2016, «°Introduction : Une autre science est possible°», in Piron F., Regulus S. et Dibounje Madiba M. S. (dir.), Justice cognitive, libre accès et savoirs locaux. Pour une science ouverte juste, au service du développement local durable, Québec, éd. Science et bien commun, p. xv-xxii.

Proulx S., 2006, « °Communautés virtuelles : ce qui fait lien° », in Proulx S., Poissant L. et Sénécal M. (dir.), Communautés virtuelles. Penser et agir en réseau, Québec, Presses de l’université Laval, p. 13-26.

Rhissa Achaffert H., 2016, «°La science ouverte juste et le projet SOHA au Niger : quelles pratiques pour quels avantages ?°», in Piron F., Regulus S. et Dibounje Madiba M. S. (dir.), Justice cognitive, libre accès et savoirs locaux. Pour une science ouverte juste, au service du développement local durable, Québec, éd. Science et bien commun, p. 389-405.

Taylor C., 1994, Le malaise de la modernité, Paris, éd. du Cerf, coll. Humanités.

 

Notestop


1. Les boutiques de sciences sont un « dispositif [qui] invite des étudiants et étudiantes à réaliser gratuitement, dans le cadre de leur formation, des projets de recherche ou des projets pratiques en réponse à des besoins exprimés par des associations de la région desservie par l’université » (Piron, 2016b, p. 311).

2. Au moment où nous menions notre recherche, la boutique de science de Port-au-Prince était la seule opérationnelle.

3. L’habitus est un « système de dispositions durables acquis par l’individu au cours du processus de socialisation. Il s’agit donc à la fois du produit de conditions sociales passées et du principe générateur des pratiques et des représentations que l'individu va mobiliser dans ses stratégies » (Delas et Milly, 2015, p. 341).

4. Le terme sociopolitique se réfère à la compréhension du monde social. Il ne faut donc pas le comprendre au sens partisan du terme.

5. Traduit de l’anglais : « communal form of individual » (Mocombe, 2017, p. 81).

6. À la veille de l’indépendance haïtienne, la catégorie dite des « affranchis » était essentiellement composée des métis et de la petite bourgeoisie noire (Mocombe, 2017).

7. Pendant la colonisation du Congo belge, les « évolués » sont des Congolais qui ont « complètement digéré l’idéologie dominante […]. [Ils n’auraient] constitué qu’une faction de l'élite congolaise » (Lefèvre, 1984, p. 217-218).

8. En fait, pour un-e utilisateur-trice et une période donné-e,
score d’engagement  =  2 ´ nombre de publications
+ nombre de commentaires
+ nombre de réactions
(compilé par nous avec Grytics, 2017).

9. Méthode Computer Assisted Web Interview.

10. Questionnaire en ligne, réponse à la question ouverte « Commentaires généraux sur les impacts du projet SOHA sur toi ».

11. Idem.

12. Questionnaire en ligne, réponse à la question ouverte « Dans l’avenir, que pourrait faire le projet SOHA pour renforcer le processus d’empowerment des étudiants et des étudiantes d’Haïti et d’Afrique francophone ? ».

13. Pseudonyme d’un-e des membres de l’équipe de coordination du projet SOHA.

14. Le nom du pays était cité, mais nous l’occultons pour préserver la confidentialité.

15. Voir note 1.

16. Questionnaire en ligne, réponse à la question ouverte « Commentaires généraux sur les impacts du projet SOHA sur toi ».

 

Pour citer cet articletop


Référence électronique

Sylvie-Marianne Rhugenda, Judicaël Alladatin, "La « science ouverte » comme outil d’Empowerment - Évaluation du projet SOHA", Sciences et actions sociales [en ligne], N°11 | année 2019, mis en ligne le date 17 juin 2019, consulté le 20 septembre 2019, URL : http://www.sas-revue.org/n-conception/62-n-11/varia-n-11/162-la-science-ouverte-comme-outil-d-empowerment

Auteur


topAuteur

Sylvie-Marianne Rhugenda
Professionnelle de recherche à la Chaire de recherche du Canada en décision partagée et application des connaissances (Québec).
membre du Groupe interuniversitaire d’études et de recherches sur les sociétés africaines (GIERSA, Québec)
membre associée du Centre interdisciplinaire de recherche sur l’Afrique et le Moyen-Orient (CIRAM, Québec)
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Judicaël Alladatin
Enseignant-chercheur
École Nationale de Statistique, de Planification et de Démographie (ENSPD), Université de Parakou (Bénin)
Collaborateur scientifique au Groupe interuniversitaire d’études et de recherches sur les sociétés africaines (GIERSA, Québec)
membre associé au Laboratoire de communication médiatisée par ordinateur (LabCMO, Québec)
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