Coordination :

Manuel Boucher, Professeur des universités en sociologie, UPVD-CORHIS

Thibaut Besozzi, Docteur en sociologie, 2L2S, Université de Lorraine ; CEREP, Université de Reims Champagne Ardenne

Mohamed Belqasmi, Chargé de recherche, Laboratoire d’Étude et de Recherche Sociales/IRTS-IDS Normandie, URMIS - Université Côte d’azur

 

Références bibliographiques - Procédure d'évaluation des propositions de contribution

Numéro 13

Déviances, délinquance, sans-abrisme et mondes de la rue
Classements, déclassements et réactions sociales

Contexte

Le 8ème congrès de l’Association Française de Sociologie - « Classer, déclasser, reclasser » - a interrogé les processus de classement et de catégorisation à la croisée des activités sociales ordinaires, de la production de l’ordre social, des modes de gouvernement ou encore des catégories analytiques produites par les sociologues eux-mêmes.

Dans ce cadre, le Réseau Thématique « Normes, déviances et réactions sociales » (RT3) a mené une réflexion focalisée sur l’articulation entre le sans-abrisme, les mondes de la rue, la délinquance, la déviance, le contrôle social et la gestion sociale et pénale de ces mondes. Car les procédés de classement, déclassement et reclassement sont au centre des questionnements et des pratiques assistancielles et socio-judiciaires liées à la gestion des mondes de la rue. C’est en se concentrant sur la situation sociale, sanitaire, juridique, etc. des personnes sans-abri (incluant de façon élargie les personnes privées de logements, les habitants de bidonvilles, de squats, d’habitat non conventionnel…) que les participants ont interrogé les réalités des mondes de la rue.

Cet appel à propositions d’articles s’inscrit dans la continuité de cette réflexion en s’intéressant à l’expérience quotidienne des personnes en situation de grande pauvreté et stigmatisées, notamment en ce qui concerne leurs représentations et pratiques de la déviance et de la délinquance. L’ambition de cet appel est notamment d’offrir un espace scientifique permettant de se situer à la croisée des chemins entre l’expérience vécue et la gestion institutionnelle de la grande précarité – particulièrement à l’égard des « illégalismes » – et de pouvoir ainsi articuler des espaces de recherche qui ont parfois eu tendance à traiter ces problématiques de façon séparée.

Parler des « SDF », des « squatters », des « mal-logés », des habitants des bidonvilles, etc., permet d’interroger les processus de catégorisation, de marginalisation et d’exclusion qui traversent les sociétés occidentales ainsi que les dispositifs institutionnels d’assistance et de répression mis en place pour accompagner et contrôler les acteurs des mondes de la rue. Les sciences sociales traitent bien souvent de ces questions à partir d’une sociologie des inégalités sociales, des classes (ou cultures) populaires ou encore de l’intervention sociale. D’autres angles d’approches se concentrent sur l’analyse des structures sociales macrosociologiques ou des institutions relatives aux politiques de « cohésion sociale » par exemple. D’autres travaux encore traitent de pratiques ou d’expériences vécues au niveau plus microsociologique. Or, les recherches sur la délinquance, la violence ou la prison sont souvent peu intégrées aux travaux sur le sans-abrisme et les mondes de la rue. Il ressort que les sciences sociales, et particulièrement la sociologie, se sont nettement concentrées sur l’histoire du traitement médiatique et politique de ces « problèmes sociaux », sur les politiques publiques et les dispositifs d’assistance mise en place pour les sans-abri, sur les formes d’engagement et d’intervention qui se sont développées, ou encore sur la vie quotidienne des personnes sans-abri, de manière plus anthropologique.

Objectifs de l’appel à propositions

Dans ce contexte, ce numéro de Sciences et Action Sociales a l’ambition d’aborder le sans-abrisme et les mondes de la rue sous l’angle de la sociologie de la déviance, de la délinquance et de la réaction sociale. Il s’agit d’explorer plusieurs dimensions relatives aux pratiques déviantes et de délinquance impliquant des personnes sans-abri et des réactions sociales face ces phénomènes : de quelles perceptions de la loi, des institutions d’encadrement, de la prison, etc. les populations en grande marginalité sont-elles porteuses ? Quels sens ces personnes donnent-elles à leurs pratiques déviantes et/ou illégales ? Endossent-elles l’étiquetage ou bien le dénoncent elles ? Dans quelle mesure une situation d’extrême pauvreté et de marginalisation peut conduire à commettre des infractions ? Quels sont les effets des sanctions pénales dans les parcours de vie ou de « survie » de ces personnes ? Ces sanctions favorisent-elles d’abord un processus de marginalisation ou permettent-elles d’enclencher un processus de réinsertion ?

En définitive, cet appel interroge les manières de « classer, reclasser et déclasser » les populations fortement précarisées, mais aussi leurs manières « indigènes » de se classer, se reclasser et se déclasser. Dans cette optique, nous n’oublierons pas de questionner la pertinence même des catégories sociologiques que nous produisons à l’égard des sans-abri et des mondes de la rue.

Les propositions attendues peuvent se situer au croisement de plusieurs axes non exhaustifs :

1er axe : Les pratiques déviantes et délinquantes au quotidien : cet axe se focalise sur les pratiques catégorisées comme déviantes et délinquantes des personnes sans-abri et des mondes de la rue, notamment en décrivant les formes et les conséquences de celles-ci sur la vie quotidienne des individus et des groupes. Cet axe s’intéresse également aux représentations, justifications et rapports à la loi des sans-abri. Il interroge la diversité des personnes en situation de rue, leurs rapports à la légalité et le sens qu’elles accordent à leurs actes délinquants.

2ème axe : L’expérience carcérale dans les parcours biographiques : cet axe prête attention à l’expérience judiciaire et carcérale et à ses effets sur la « carrière de survie » et les parcours biographiques. Ces effets peuvent être très divers, allant par exemple, de l’enclenchement d’un parcours de réinsertion à l’enfoncement dans la marginalité, en passant par l’utilisation stratégique de la prison (comme protection ou abri).

3ème axe : Les dispositifs et modes d’intervention sociale ciblant les sans-abri : cet axe s’intéresse aux modalités concrètes d’intervention sociale, culturelle, sportive, etc. ciblant précisément les personnes précarisées connaissant des problématiques de marginalisation, de délinquance, d’enfermement carcéral et/ou psychiatrique, etc.

4ème axe : Les approches méthodologiques dans l’étude des mondes de la rue : ce dernier axe est consacré aux réflexions méthodologiques et/ou déontologiques au sujet de l’étude du sans-abrisme et des populations fortement précarisées. Il vise à interroger les catégories d’analyse et les techniques de recherche adoptées pour étudier les réalités des mondes de la rue, tout comme les types de réflexivité à mettre en œuvre dans les enquêtes auprès de populations marginalisées et stigmatisées.

Bibliographietop

Anderson Nels, 1993, Le Hobo, sociologie du sans-abri, Paris, Armand Colin.

Beauchez Jérome, 2017, « Zone stupéfiante : l’espace du deal », Espaces et Sociétés, n°171, pp. 55-72.

Becker Howard, 1985, Outsiders, Paris, Métaillé.

Bellot, Céline, Sylvestre, Marie-Eve, « La judiciarisation de l’itinérance à Montréal : les dérives sécuritaires de la gestion pénale de la pauvreté », Revue générale de droit, Vol.47, 2017, pp. 11-44.

Boucher Manuel, Belqasmi Mohamed (dir.), 2014, L’État social dans tous ses états, Paris, L’Harmattan.

Chantraine Gilles, 2004, Par-delà les murs. Expériences et trajectoires en maison d’arrêt, Paris, PUF.

Fernandez Fabrice, 2010, Emprises, Drogues, errance, prison : figures d’une expérience totale, Bruxelles, Larcier.

Foucault Michel, 1975, Surveiller et punir, Paris, Gallimard.

Goffman Erving, 1975, Stigmate, Paris, Éditions de Minuit.

Hardy Guy, 2004, S’il te plaît, ne m’aide pas ! L’aide sous injonction administrative ou judiciaire, Paris, Erès.

Mauger Gérard, 1991, « Enquêter en milieu populaire », Genèses, n°6, p. 125-143.

Pichon Pascale, 2010, Vivre dans la rue, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne.

Pimor Tristana, 2014, Zonards. Une famille de rue, Paris, PUF.

Laberge Danielle, Landreville Pierre, 2000, « De l’événement à l’infraction. Du sans-abri au délinquant. Réflexions sur le processus de catégorisation dans le champ pénal », in Laberge Danielle (dir.), L’errance urbaine, Sainte-Foy, MultiMondes, p. 121-136.

Lanzarini Corinne, 2000, Survivre dans le monde sous-prolétaire, Paris, PUF.

Mucchielli Laurent, 2018, Sociologie de la délinquance, Paris, Armand Colin.

Procédure d'évaluation des propositions de contributiontop

En lien avec la ligne éditoriale de la revue (voir présentation de la revue), les textes proposés doivent être originaux et ne pas avoir déjà fait l'objet d'une publication dans des revues. Néanmoins, à la condition qu'il demande l'accord préalable à la revue Sciences & Actions Sociales, l'auteur d'un article dans la revue SAS peut publier son article dans un ouvrage ou des actes de colloque à la condition de citer la source de première publication, c'est-à-dire la revue SAS.

Les propositions de contribution doivent respecter les recommandations aux auteurs. Ces propositions doivent être envoyées par courrier électronique au format .doc ou rtf à l'adresse suivante : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. au plus tard le 31 janvier 2020. Un accusé de réception est alors adressé en retour. Les textes font l'objet d'une évaluation anonyme par trois lecteurs désignés au sein des comités de rédaction et scientifiques de la revue. Sur la base de leurs évaluations, après une discussion de l'article au sein du comité de rédaction, une décision collective est prise: accepté en l'état, accepté avec modifications mineures, accepté sous réserve de modifications majeures, refusé. Cette décision est transmise à l'auteur par la revue SAS au maximum trois mois après la réception de la proposition de l'article.

Calendrier de l'appel à contributions

Les propositions d'articles sont à envoyer à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. au plus tard le 31 janvier 2020..
Les retours aux auteurs sont prévus pour le 13 mars 2020, pour une publication dans le numéro de mai 2020.

 

 

Coordination :
Brigitte Baldelli (ACOFIS, IRTS LR, CORHIS Université de Perpignan), Anne-Marie Bureth (CORHIS Université de Perpignan) et Yves Gilbert (CORHIS, Université de Perpignan)

« L'homme ne peut rien faire en bien ou en mal qu'en s'associant. Il n'y a pas d'armure plus solide contre l'oppression, ni d'outil plus merveilleux pour les grandes œuvres. »
P. Waldeck-Rousseau

Références bibliographiques - Procédure d'évaluation des propositions de contribution

La gouvernance associative : vers une transformation démocratique de l'intervention sociale ?

Contexte

De nombreux travaux portent sur le milieu associatif et, plus particulièrement, sur « l'associationnisme social », la gestion associative des établissements sociaux et médico-sociaux.

Les questions les plus fréquemment abordées à propos des associations œuvrant dans le champ social portent sur l'affaiblissement de l'État-providence, les relations entre salariés et bénévoles, entre le politique (les élus du CA) et le technique (les salariés de la technostructure), le glissement des espaces de pouvoir (de l'AG au CA), la notabilisation et la constitution d'une classe (ou caste) d'influence (élus présents dans une pluralité de CA), la gestionnarisation et l'émergence de nouveaux profils de dirigeants non issus du champ de l'action ou de l'intervention sociale (directeurs généraux ou directeurs venant de la grande distribution, de l'industrie, de la banque, etc.) et, partant, sur le déclin de l'esprit associatif.

Dès les années 1970, des travaux pointent les limites de l'associationnisme comme forme d'action collective (Meister, 1974), en particulier la routinisation et la bureaucratisation, le déplacement des lieux de pouvoir, le désengagement des membres associés ou le changement de fait des finalités. Depuis cette période, des travaux de référence (Laville et Sainseaulieu, 1997) ont permis de mieux comprendre le mouvement associatif en montrant comment il se distingue du mouvement social - les associations ne recherchent pas nécessairement une transformation culturelle à long terme - et comment le fonctionnement économique et organisationnel des associations pourrait constituer un modèle complémentaire à celui de l'entreprise. Des recherches plus récentes (Tchernonog, 2007 ; 2013) montrent le développement remarquable et le poids économique des associations de secteur social et médicosocial : « Les associations du secteur médico-social (10,3 % du nombre total d'associations) et des secteurs de l'éducation, formation, insertion, moins nombreuses (3,6 % du nombre total d'associations) sont souvent des associations de grande taille, actives en direction de publics fragiles ou en difficultés ; elles font appel à l'emploi de professionnels salariés et bénéficient d'importants financements publics. Ces deux secteurs d'activité concentrent une part importante du budget total réalisé par le secteur associatif : respectivement 45 % et 13 % du budget total. » (Tchernonog, 2013, p. 5).

Les associations de ce secteur rencontrent depuis deux décennies des problèmes inédits qui réinterrogeraient leur nature même.
Apparu dans les années 1970, le New Public Management a progressivement eu un impact important sur ces activités. Dans « la société malade de sa gestion », Vincent de Gaulejac (2005) a notamment montré comment la frénésie de rationalisation et d'évaluation impacte le domaine de l'intervention sociale. Quant à Michel Chauvière (2010) il dénonce la transformation des usagers en clients sous l'effet d'une « discrète chalandisation ». Le sociologue décrit une nouvelle alliance entre le monde associatif et l'État qui succède aux alliances historiques (assistancielle et de démocratie sociale). Basée sur une concurrence régulée répondant à la mise en œuvre du cadre européen libéralisant les services, elle tend à transformer les associations en entreprises sociales.

À côté de ces mutations, la place des usagers dans les associations du champ social est devenue un enjeu central (Baldelli et Piou, 2015). La « participation » est en effet un nouveau paradigme qui s'impose aux acteurs associatifs du secteur social et médico-social (cf. Loi de rénovation de l'action sociale et médico-sociale de 2002). Aussi, à l'instar de Jean-Louis Laville, il paraît important de générer en complément des analyses classiques en termes d'organisation, d'autres analyses des associations, notamment dans leur rapport avec la démocratie participative. En effet, les associations ne sont pas des organisations comme les autres, elles sont aussi le reflet de l'action collective menée par des individus engagés.

L'émergence (ou la résurgence) des courants apparentés à l'économie sociale et solidaire et au Développement local suscite de nombreux débats sur la construction collective des projets, la mutation des modes de gestion ou encore « l'éthique de l'agir ensemble ». Ces débats s'étendent aujourd'hui au mouvement associatif dans son ensemble et, de façon plus générale, aux manières de penser et de conduire des projets de société.
Ces questionnements interrogent la gouvernance des actions collectives : « Le terme de « gouvernance » vient du latin « gubernare », ce qui signifie gouverner, piloter un navire. Il s'agit donc de l'art ou de la manière de gouverner, en favorisant un mode de gestion des affaires original dans un environnement marqué par une pluralité d'acteurs (une firme, un État, une collectivité locale, une organisation non gouvernementale, une association ou une instance internationale) qui disposent, chacun à des degrés divers et de façon plus ou moins formelle, d'un pouvoir de décision » (Baron, 2003, p. 330 ). Concept polysémique, la gouvernance renvoie à la complexité des actions collectives dans un environnement socioéconomique incertain. Il permet d'entrevoir les différents niveaux d'analyses, la multiplicité des acteurs engagés, les formes particulières ou nouvelles de coordination. Comme le souligne Catherine Baron, la question que pose la gouvernance est aussi celle des fins et des buts des actions collectives entreprises. Dans le secteur de l'intervention sociale et éducative, interroger la gouvernance consiste notamment à mettre en lumière les effets de la participation des personnes accompagnées, mais aussi des salariés, sur les prises de décisions organisationnelles.

Les objectifs de l'appel à contributions

Ce numéro de Sciences et Actions Sociales entend recueillir des articles originaux permettant de cerner les transformations des gouvernances associatives.

Comment s'effectue le passage de la gouvernance des associations (comme entités) à la gouvernance par les acteurs ? Comment dans un environnement marqué par la rationalisation gestionnaire les associations d'intervention sociale réussissent-elles à (ré)affirmer un projet de démocratisation du social ?

Les articles attendus pour ce dossier porteront notamment sur les transformations de la gouvernance des associations dans le champ de l'intervention sociale, sur les émergences ou les innovations qui, au sein de cet espace, franchissent les frontières entre social et économique, entre dirigeants et salariés, pouvoir et démocratie, sur l'impact de la participation des personnes accompagnées et des salariés, mais aussi le développement de l'économie sociale et solidaire comme contrepoint du néolibéralisme.

À titre non-exhaustif, les contributions pourront s'inscrire dans les axes proposés ci-dessous.

Axe 1 : En quoi l'associationnisme se justifie-t-il (encore) ?

On s'intéresse dans cet axe à ce qui diffère fondamentalement entre une organisation industrielle (ou entrepreneuriale) et une association gestionnaire d'établissements sociaux ou médico-sociaux.

Qu'est-ce qui distingue cette dernière d'une holding et de ses filiales ? En quoi consiste la particularité de l'associationnisme ? Est-il garante de la qualité de l'action et de l'intervention sociale ? Comment les valeurs démocratiques s'ancrent dans la gouvernance quotidienne (projets et gestion de l'entreprise) ? En quoi les modes gestionnaires ou de management sont-ils adaptés à ces valeurs ? Qu'est ce qui renouvelle la gouvernance associative dans le secteur social et médico-social ? Comment, au cœur des contraintes économiques et sociales, certains acteurs associatifs renouvellent leur gouvernance en intégrant toutes les parties prenantes ? Comment les acteurs décisionnels réagissent-ils face aux contraintes du marché (situations de mise en concurrence et d'appels à projets) et aux injonctions des pouvoirs publics ? Par exemple, comment, depuis la loi de 2002-2 rénovant l'action sociale et médico-sociale, ces acteurs (les personnes accompagnées et les familles, mais aussi les salariés) sont-ils associés ? En quoi la critique de l'approche gestionnaire et techniciste du travail social, qui renvoie à une approche trop organique et pas assez relationnelle, produit-elle des adaptations des formes du pouvoir et de la gestion associative ?

Axe 2 : La part des individus dans la construction de « l'agir ensemble » ?

Il est pour le moins paradoxal de voir le mouvement associatif confronté aujourd'hui à la question de la participation comme si cette question était nouvelle pour ce courant fondant l'action sur le rassemblement des volontés individuelles. Comment les associations perçoivent-elles aujourd'hui la contribution des individus, qu'ils soient accompagnés ou salariés, non seulement à l'organisation de la vie quotidienne (dans les conseils de vie sociale, par exemple), mais aussi à la définition des orientations stratégiques, à la construction du politique ? On attend ici des contributions portant notamment sur l'analyse des comportements des acteurs responsables et des formes éthiques mobilisées. Dans quelle mesure la posture des responsables intègre-t-elle une éthique propre à l'organisation associative en tenant compte des valeurs et des principes fondateurs (« le comportement juste ») ? Comment leur fonction dans l'organisation (motivations) et leurs relations aux tiers (salariés, les bénévoles, les usagers, les collectivités locales..) sont-elles imprégnées de ces valeurs et principes ?

Pourront également s'inscrire dans cet axe les contributions s'intéressant au « retour » de l'individu dans les constructions théoriques de l'action au sein du champ social associatif (individuation, réflexivité, « advènement du sujet » ou « surrection de l'acteur » (Herreros, 2007), etc.) ou qui s'interrogent sur l'impact de l'émergence des concepts de « pouvoir d'agir » ou d' « empowerment » sur la façon de penser le pilotage des structures d'action et d'intervention sociale et leur capacité à s'adapter aux mutations sociétales. À l'inverse, on pourra s'interroger sur l'impact des concepts holistes et déterministes sur la justification de l'incapacité des acteurs. On pourra également se demander si ce qui fait crise dans les institutions, c'est la pression des déterminants externes (par exemple, ici, le désengagement de l'État, la concurrence, l'obligation d'intégrer des principes de bonne gestion) ou l'incapacité des individus à penser les mutations et à y trouver leur place en tant que sujets ou acteurs.

Axe 3 : Comment économique et social font-ils ménage ?

Il s'agit ici d'analyses portant sur des associations ayant changé de formes juridiques et de gouvernance (ou qui sont en train d'en changer), notamment en intégrant des paramètres de l'économie sociale et solidaire, en visant la coopération de tous les membres, tout autant que l'autogestion de la structure. Il s'agit également de propositions permettant de distinguer ce que l'on pourrait appeler des approches économiques et gestionnaires adaptatives (mise en cohérence l'économique et le social, réseaux, partenariats, coopérations, etc.) et des approches économiques et gestionnaires industrielles (concentration horizontale ou verticale par absorptions, fusions, logiques de monopole, conquête offensive des marchés, etc.), autrement dit, quand la « chalandisation » devient un impératif de gestion. Comment ces associations trouvent-elles un équilibre entre leur mission sociale et leur activité économique ? Comment évaluent-elles leur production d'utilité sociale ? Comment hybrident-elles leurs ressources ? Quelles relations construisent-elles avec leurs partenaires financiers et leurs fournisseurs ? Comment les acteurs du champ social, c'est-à-dire l'ensemble des personnes concernées ou les systèmes-acteurs (Becker, 1998), sont-ils en mesure de penser la relation dialogique entre économique et social ?

Bibliographietop

BALDELLI Brigitte et PIOU Elsa, 2015, « Processus de démocratisation d'un projet de DSL : analyse des modes de participation entre différents types d'acteurs », Sciences et actions sociales [en ligne], n°1, mis en ligne le 16 avril 2015, URL [http://www.sas-revue.org/index.php/11-dossiers-n-1/articles-n1/24-processus-de-democratisation-d-un-projet-de-dsl-analyse-des-modes-de-participation-entre-differents-types-d-acteurs].
BARON Catherine, 2003, « La gouvernance : débats autour d'un concept polysémique », Droit et Société, n° 54.
BECKER Howard, 1998, Les ficelles du métier ; comment conduire sa recherche en sciences sociales, Paris, éd. La Découverte.
CHAUVIÈRE Michel, 2010, Trop de gestion tue le social ; essai sur une discrète chalandisation, Paris, éd. La Découverte, col. Alternatives sociales.
GAULEJAC (de) Vincent, 2005, La société malade de sa gestion ; idéologie gestionnaire, pouvoir managérial et harcèlement social, Paris, éd. du Seuil.
HERREROS Gilles, 2012, « L'advènement du sujet », in Gaulejac Vincent (de), Hanique Fabienne et Roche , p.148-168, Pierre (dir.), Sociologie clinique ; enjeux théoriques et méthodologiques, Toulouse, éd. Érès, col. Poche.
ION Jacques, 2013, S'engager dans une société d'individus, Paris, éd. Armand Colin, col. Individu et société.
LAVILLE Jean-Louis et SAINSAULIEU Renaud, 1997, Sociologie et association ; des organisations à l'épreuve du changement social, Paris, éd. Desclée de Brouwer.
MORIN Edgar, 1984, Science et conscience de la complexité, Aix-en-Provence, éd. Librairie de l'Université.
MEISTER Albert, 1974, La participation dans les associations, Paris, éd. Économie et Humanisme.
TCHERNONOG Viviane, 2007, Le paysage associatif français : mesures et évolutions, Paris, Juris-Services, Col. JU BROCHES.
TCHERNONOG Viviane, 2013, Les associations entre crise et mutations : les grandes évolutions, Paris, ADDES-Fondation Crédit Coopératif.
ZASK Joëlle, 2011, Participer ; Essai sur les formes démocratiques de la participation, Lormont, éd. Le bord de l'eau.

Procédure d'évaluation des propositions de contributiontop

En lien avec la ligne éditoriale de la revue (voir présentation de la revue), les textes proposés doivent être originaux et ne pas avoir déjà fait l'objet d'une publication dans d'autres revues.
Les propositions de contribution doivent respecter les recommandations aux auteurs présentées dans la rubrique : « proposer un article ». Ces propositions doivent être envoyées par courrier électronique au format .doc ou .rtf à l'adresse suivante : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. avant le 26 février 2016. Un accusé de réception est alors adressé en retour. Les textes font l'objet d'une évaluation anonyme par deux lecteurs désignés au sein des comités de rédaction et scientifique de la revue. Sur la base de leurs évaluations, après une discussion de l'article au sein du comité de rédaction, une décision collective est prise : accepté en l'état, accepté avec modifications mineures, accepté sous réserve de modifications majeures, refusé. Cette décision est transmise à l'auteur par la revue SAS au maximum trois mois après la réception de la proposition de l'article.

Calendrier de l’appel à contributions

Les propositions d'articles sont à envoyer à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. avant le 26 février 2016.
Les retours sont prévus pour le 15 avril 2016 pour une publication dans le numéro en mai 2016.