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N°1 | Année 2015 : Empowerment, participation, activation... Des concepts aux pratiques d'intervention sociale

Présentation

Présentation des numéros 1 et 2

Manuel Boucher

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Ce premier numéro et le second (à paraître en octobre 2015) de la revue Sciences & Actions Sociales font suite à l’appel thématique « Empowerment, participation, activation… Des concepts aux pratiques d’intervention sociale » (coordonné par Manuel Boucher) également associé à une conférence organisée le 19 septembre 2014 à Perpignan par le Centre de recherche interinstitutionnel sur la transformation et l’intervention sociales1 (CRITIS) et l’Association des chercheurs des organismes de la formation et de l’intervention sociales2 (ACOFIS) en partenariat avec le laboratoire Communication – organisation – ressources humaines – intervention sociale (CORHIS) de l’Université Perpignan Via Domitia. En faisant l’état des lieux des différents programmes de recherche et expérimentations pédagogiques dans lesquels les membres du CRITIS et de l’ACOFIS sont engagés, le constat a été fait que, d’une manière ou d’une autre dans des champs d’intervention sociale différents, le fil rouge de ces travaux est lié aux concepts de participation et d’empowerment.

En France, depuis les émeutes urbaines de 2005, nous assistons, en effet, de la part des professionnels de l’intervention sociale impliqués dans la politique de la ville à un véritable engouement pour le concept d’empowerment. Dans un ouvrage très remarqué sur cette notion généralement traduite en français par la notion de « pouvoir d’agir », Marie-Hélène Bacqué et Carole Biewener indiquent que ce concept polysémique venu des États-Unis a émergé dans les débats publics dans les années 2000. Pour Thomas Kirszbaum (2013), « instruits sur les pratiques nord-américaines de développement urbain et social par des travaux français, ces professionnels se sont emparés avec ferveur de cette notion riche de promesses pour transformer le rapport des institutions avec les populations marginalisées des villes. » Plébiscitant une approche bottom up (du bas vers le haut) plutôt que top down (du haut vers le bas) pour transformer la politique de la ville, Jacques Donzelot (et al., 2012) observe ainsi avec intérêt l’aspiration actuelle de professionnels sociaux de renouveler leurs pratiques et « leurs métiers de façon à accompagner les luttes (des habitants) en se dotant d’une capacité organisationnelle qui ne faisait pas vraiment partie de leur bagage jusqu’à présent. » Donzelot appelle de ses vœux une mutation des conduites professionnelles des intervenants sociaux qui, dorénavant, comme le revendique le collectif « Pouvoir d’agir » doivent « promouvoir le collectif comme support de la mobilité individuelle ».

Mais au-delà de la politique de la ville, c’est l’ensemble du champ social qui est aujourd’hui concerné par les concepts d’empowerment (capacitation, empouvoirisation, pouvoir d’agir…) et de participation. En effet, comme le souligne Maryse Bresson (2014), le concept de participation, dans l’objectif de « mettre en œuvre l’idéal démocratique et le principe d’égalité des citoyens » inspire, aujourd’hui, de nombreux textes de lois dans le domaine des politiques sociales. Les prérogatives législatives initiées au début des années 1980 et réaffirmées au cours des années 2000 (lois de 2002 et de 2007) soulignent toute l’importance de démocratiser les pratiques en travail social. Dans cette perspective, Bacqué et Biewener (2013) remarquent qu’en Amérique, au sein de l’intervention sociale, « l’empowerment est utilisé par des profesionnel(le)s dès la fin des années 1970 pour reconfigurer des pratiques ou comme nouveau paradigme ; il représente l’une des premières théorisations et systématisations de la notion et illustre la façon dont elle est instrumentalisée dans le temps pour devenir une technique du travail social. »

Pour autant, elles notent également que même si différents promoteurs de la notion d’empowerment utilisent le même vocabulaire, ils se différencient idéologiquement entre des modèles « radical », « libéral » et « néo-libéral ». Dans la pratique, au-delà des discours convenus sur la nécessité de faire « participer » les usagers du champ social et médico-social, comment se traduit l’incitation au développement d’un « modèle d’implication » des usagers ? Cette transformation entraîne-t-elle des changements dans les représentations et les pratiques professionnelles des intervenants sociaux et des usagers ? Existe-t-il des écarts entre l’appel à la « démocratisation » des pratiques d’intervention sociale et les possibilités effectives offertes aux intervenants sociaux d’intégrer cette dynamique dans leurs pratiques ? En effet, depuis plusieurs années, le champ social étant confronté à la rationalisation, aux pratiques d’activation et à l’emprise croissante de logiques « gestionnaires », comment les travailleurs sociaux arrivent-ils, cependant, à composer avec cette contrainte pour favoriser l’implication des personnes dans les modes d’intervention sociale ? Comment démocratiser le champ social sans pour autant produire et institutionnaliser une « idéologie de la participation » détachée d’une perspective de transformation sociale ? La revendication d’intervenants sociaux toujours plus nombreux, de développer le pouvoir d’agir de leurs usagers ne risque-t-elle pas de devenir un nouveau conformisme au sein du travail social sans pour autant transformer les pratiques et les logiques de domination en œuvre dans ce champ ?

Les contributions publiées dans les deux premiers numéros de SAS tentent de répondre à ces questions, de faire l’état des lieux de différents concepts (empowerment, participation, community organizing, activation…) mais aussi de proposer des pistes d’amélioration pour démocratiser l’action sociale. Dans la pratique, le premier numéro (avril 2015) est constitué d’articles qui interrogent les concepts et les pratiques d’empowerment et de community organizing dans plusieurs champs non directement liés à celui du travail social (handicap, santé mentale, sport, développement social dans les quartiers populaires) tandis que second numéro questionne la réalité du pouvoir d’agir et la participation des acteurs du champ social, autrement dit, les travailleurs et intervenants sociaux ainsi que les personnes qu’ils accompagnent dans un contexte de rationalisation et d’activation des politiques sociales.

 

Bibliographietop


Bacqué M.-H., Biewener C., 2013, L'empowerment, une pratique émancipatrice, Paris, éd. La Découverte.

Bresson M., 2014, « La participation : un concept constamment réinventé. », Socio-logos. Revue de l'association française de sociologie [En ligne], 9, mis en ligne le 24 février 2014, Consulté le 30 mars 2015. URL : http://socio-logos.revues.org/2817.

Donzelot J., Djaziri Y., Wyvekens A., 2012, Banlieues et quartiers populaires. Remettre les gens en mouvement, Projet 2012, n° 27, Paris, éd. Terra Nova.

Kirszbaum T., 2013, « Vers un empowerment à la française. À propos du rapport Kokoreff M., Lapeyronnie D., 2013 », Refaire la cité. L'avenir des banlieues, Paris, éd. du Seuil, coll. La République des idées.

Notestop


1. En septembre 2011, plusieurs instituts de formation en travail social (IRTS de Haute-Normandie, d’Aquitaine, de PACA-CORSE et du Languedoc-Roussillon) décident de s’associer pour constituer un Centre de recherche interinstitutionnel sur les transformations et l’intervention sociales (CRITIS) dirigé par Manuel Boucher.

2. L’ACOFIS agit pour la promotion de la recherche en vue de contribuer à la transformation sociale [http://www.acofis.org].

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Référence électronique
Manuel Boucher, "Présentation des numéros 1 et 2 ",  Sciences et actions sociales [en ligne], N°1 | 2015, mis en ligne le 16 avril 2015, consulté le 18 décembre 2017, URL : http://www.sas-revue.org/index.php/11-articles/20-presentation-des-numeros-1-et-2

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Manuel Boucher, Directeur scientifique (HDR) du Laboratoire d'Etude et de Recherche Sociales (LERS) de l'Institut du Développement Social (IDS) de Haute Normandie et membre associé au Centre d'analyse et d'intervention sociologiques (CADIS-EHESS-CNRS)
Contact : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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